Histoire

Histoire de Névez  >>   Sommaire des articles disponibles

1) Quelques éléments d'histoire, du 14e à nos jours
2) Les naufragés de l'Ile d'Yeu en 1917

 


 

Quelques éléments d'histoire de Névez, du 14e à nos jours
Les plus anciens documents trouvés concernant Névez remontent au XIIème siècle. Depuis 1240, la paroisse de Névez constituait une prébende qui appartenait au chapitre de Quimper gérée par les moines de Saint Mathieu.

En 1395, Yves AVANANT (LAVANANT), malgré l'opposition de l'Evêque à sa nomination,  fut le premier recteur de la paroisse. 
 En 1792, Névez devient une commune avec 2470 hectares et 1560 habitants répartis dans 306 foyers. Cependant ce fut seulement le 22 Messidore An 14 (1806) que le Maire de Névez, Guillaume SELLIN, accompagné d'un géomètre et des Maires de Trégunc et de Nizon, fixa définitivement les limites de la commune.

Très rapidement l'artisanat se développe dans chaque village. Le tisserand devient le point névralgique autour duquel cohabitent le tailleur, le cordier, le taillandier, le charpentier, le chaumier puis le fendeur et le tailleur de pierre.

Quand débuta la révolution, Louis GALLIOT, recteur de Névez depuis 1787,  avait deux vicaires : Guillaume LE MEUR et Jean CALVEZ. En 1791, ces trois hommes refusèrent de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé et pour échapper à la fureur des républicains , ils s'embarquèrent à Raguenez avec d'autres prêtres et des nobles du pays pour se réfugier en Espagne.

Le 7 juillet 1795, les anglais débarquèrent des émigrés dans la presqu'île de Quiberon. Ils se trouvèrent devant l'armée du Général HOCHE qui leur barra la route. Ils décidèrent donc de transporter les Chouans sur d'autres points des côtes bretonnes pour opérer une diversion et tenter de prendre à revers l'armée républicaine. Le 15 juillet 1795, sous la protection anglaise, les Chouans tentèrent ainsi de pénétrer sur les côtes névéziennes. Les citoyens, réunis au son du tocsin, se rendirent rapidement au fort de Raguenez et repoussèrent une première fois les Chouans à la mer grâce à l'artillerie qui se trouvait dans le fortin.

Cependant les anglais n'abandonnèrent pas et décidèrent de débarquer les Chouans dans l'Anse de Kervuen à Rospico en NEVEZ (Anse située entre Keranglaz et Kerascoët). Vingt-six chasses-marées, sous la protection d'une corvette et d'une goélette anglaises, débarquèrent 2000 Chouans sur la plage qui elle n'était pas défendue. Croyant qu'il s'agissait d'une invasion anglaise, bon nombre de névéziens abandonnèrent leurs maisons. Les Chouans demeurèrent très respecteux de la population et se bornèrent seulement à demander du pain et du lait à la population névézienne puis se dirigèrent rapidement sur Pont Aven. Durant les jours qui suivirent, 1700 soldats républicains arrivèrent à Keranglaz, toutes les terres du village jusqu'à la mer furent couvertes de tentes pour les loger. Mais ils étaient intervenus trop tardivement pour pouvoir cerner les Chouans.

Le phare de Port Manec'h fut construit entre 1866 et 1867 après plusieurs grèves des maçons qui étaient très mal payés. En 1868, Jean CADIOU, le Maire en place de l'époque, décide de la construction de la première cale de Port Manec'h.Mais paradoxe, elle fut construite pour les paysans afin de pourvoir au chargement du goëmon et non pour les marins.

L'inauguration de l'Hôtel Julia de Port Manec'h a lieu le 3 juillet 1904. Cet Hôtel est l'annexe de l'Hôtel Julia de Pont Aven où se réunissaient les membres de l'Ecole GAUGUIN de Pont Aven. C'est donc grâce à Mademoiselle JULIA que Port Manec'h devint une station balnéaire renommée.

En 1905 eu lieu l'inauguration du premier canot de sauvetage à Port Manec'h : "Le Commandant de Rosencoat" dont le patron est Prosper SELLIN. De 1914 à 1918, durant la Grande Guerre, 104 névéziens périrent au front.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Adolphe FURIC, René COLIN, Arsène COADOU, René LAUREAU, Jean et François NOACH seront fusillés pour actes de Résistance les 29, 30 et 31 juillet 1944 à Kerfany-les-Pins à Moélan-sur-Mer.

Remerciements à M. CADIOU Jean pour toutes les informations fournies.

 


Les naufragés de l'île d'Yeu de 1917

Le 28 janvier 2017, la commémoration du centenaire du naufrage a eu lieu à Raguénez où les familles de l'île d'Yeu ont déposé une stèle pour remercier la famille de Jean-Marie Marrec et les habitants de Raguénez et des villages voisins. La mairie de Névez a posé une stèle voisine à la mémoire de tous les péris en mer de Névez. Cette cérémonie s'est faite en présence des maires, des élus municipaux, des responsables de la SNSM locale et nationale, de l'abbé Croguennec et du pasteur norvégien Tom Heidé.

Névez le dimanche 28 janvier 1917

Pas une semaine ne s' écoule à Névez sans que l'on n'apprenne que l'un de ses soldats est mort ou blessé au Front. La commune a été vidée de ses forces vives depuis la déclaration de guerre en 1914.Tous les hommes de 20 à 40 ans sont absents.

Ce sont les grands parents et les mères qui s'occupent des enfants. La « mer » nourricière qui borde nos côtes les aidera à passer les mauvais moments.

 

Sur l'île de Raguénez ,accessible à pied six heures par jour , vivent Jean-Marie Marrec 49 ans, Catherine Montfort son épouse et leurs neuf enfants : Rose 26 ans, Jean-Marie 22 ans, Marie Catherine 20 ans, Victor 18 ans, Alexandre 15 ans, Joseph 14 ans, Yves 8 ans, René 7 ans. Ce jour-là l'un des fils est à la guerre et lune des filles est bonne à Paris.A la belle saison, les terres sont cultivées par la famille, on y élève aussi quelques animaux. Le goémon est abondant. Deux fours surélevés par deux grandes cheminées servent à brûler les algues;l'iode est un produit précieux pour soigner les blessés de guerre.

Depuis une semaine, les grandes marées avec un fort coefficient de 100 sont accompagnées d'une tempête d'Est-Sud Est. Les températures restent négatives et oscillent entre -15°C et -5°C. Se rendre l'île ou revenir sur le continent devient difficile, tout est gelé, verglacé.

   
   
Ce dimanche, Jean-Marie et les siens vaquent à leurs occupations quotidiennes. Surveillant la mer, celui-ci aperçoit un bateau en difficulté qui s'approche de l'île Verte ; le vent de Sud-Est s'est un peu calmé mais la houle reste très forte. Il fait signe aux marins de contourner l'île de Raguénez pour s'abriter en venant par l'Ouest pour se mettre à l'abri car la mer descend. La barque contourne l'île et s'échoue à Porz-Braz  vers midi. Jean-Marie et trois des siens descendent sur la grève, ils sont horrifiés en voyant le nombre de naufragés. Il faut agir vite, il est encore possible de sauver quelques hommes ; ils comptent déjà au fond du bateau des corps gelés : 4 marins de l'île d'Yeu et 5 marins Norvégiens.

La famille Marrec et les survivants valides portent les deux frères Pillet jusqu'à la maison. Emile décèdera sur le seuil de la porte , Edmour mourra douze heures plus tard dans la maison. Le premier Norvégien s'est précipité vers l'hôtel de Raguénez en empruntant le passage à marée basse pour essayer de téléphoner . Il ne pourra rien faire car les réseaux téléphonique et télégraphique sont très endommagés par la tempête. Il est impossible de sortir les dépouilles des marins de la barque,les corps sont congelés. Le patron de la barque Noé Devaud,qui commande le canot de sauvetage de l'île d'Yeu leur explique leur tragique épopée. Tous sont affamés,assoiffés, transis de froid,et souffrent de gelures importantes aux membres. Noé racontera plus tard qu'il avait bu une demie bouteille d'eau de vie et sept assiettes de soupe chaude. L'île est accessible à pied ce jour-là entre 11h08 et 17h27. Noé Devaud et Erling Madsen second capitaine de l'Ymer déclinent l'identité des décédés. Ce dernier est incapable de nommer le cuisinier Hollandais.

[On ne connaîtra son patronyme que le 7 novembre 2016 et nous disposerons de son bulletin de naissance venu des Pays-Bas que le 27 novembre dernier].

Comme cela se fait encore aujourd'hui surtout par mauvais temps, les marins se rendent à Raguénez « voir la mer » ; une agitation anormale est perceptible du côté de l'île, des cris de détresse proviennent du bateau échoué, les voisins de Kéroren, Kercanic Raguénez : J.Ollivier, J M Lollichon, Daoudal,Guillou, Robigou, Richard viennent prêter main forte à Jean-Marie. La repasseuse de coiffes vient livrer sa parure à Marie Catherine, elle est complètement traumatisée en voyant les naufragés. La maison est trop petite pour héberger tous ces malheureux. Les enfants déménageront pour quelques jours dans la chaumière de Kercanic. La marée va remonter, il n'est pas possible de mettre un canot à l'eau. Jean- Marie relèvent l'identité des victimes, accompagné par Jean-Marie Sellin patron pêcheur de Kéroren ils se rendent au bourg de Névez déclarer les décès : Emile Pillet, Edmour Pillet, Adolphe Izacard, Pierre Pelletier, Armand Taraud, Joseph Renaud de l'île d'Yeu puis les victimes de l'Ymer : Robert Skaar , Mathias Rostberg, Emile Berg-Larsen Norvégiens,Henrik Svensson Suédois,Frédérick Anderbrügge Hollandais. Le conseiller municipal qui fait fonction ,en l'absence du maire au Front, est Michel Drouglazet. Il fait avertir les autorités maritimes installées à Concarneau des décisions seront prises collectivement pour organiser les funérailles. Toutes les victimes déclarées sont des inscrits maritimes, c'est l'administrateur basé à Concarneau qui doit s'occuper de cette affaire. Il informera l'administrateur Laplanche dès le 28 à 19h30.

Le lundi 29 janvier 1917

Le temps est toujours aussi glacial , le verglas omniprésent. Les voisins des villages de la côte affluent, ils se dépêchent d'aller apporter du linge, des vêtements, des couvertures, de la nourriture. La sœur de Catherine, Thérèse, viendra pendant plusieurs jours aider à soigner les malheureux cloués au lit.A la demande du maire, Jean-Marie Marrec et son collègue Jean-Marie Sellin patron de pêche organisent le départ des corps pour la chapelle ardente au bourg.Les cultivateurs de Kéroren, kercanic dont Mr Cadiou Joseph, Mr Sellin de Ty-noul en charrette se proposent de le faire, ils seront aidés par leurs collègues;44  personnes ont participé à ce triste transport. Cela peut se faire entre 12h08 et 18h27 à marée basse. Un passage est régulièrement entretenu pour laisser passer les charrettes. On ne peut extraire les corps de la barque funèbre qu'en cassant la glace à la hache.Les convois ont les pires difficultés à franchir les côtes de Raguénez et de Célan à cause du verglas. Les corps sont déposés à la chapelle Ste Barbe au bourg.Dans l'après-midi , L'administrateur Laplanche et le Consul de Norvège Bonduelle ont pris le train à Concarneau pour Névez. L'administrateur est consterné : il connaissait personnellement toutes les victimes de l'île d'Yeu pour y avoir été en poste....il s'empresse de contacter son collègue sur l'île d' Yeu afin qu'il se rende annoncer la catastrophe aux familles . Ils rencontrent les marins Devaud et Plessis venus se recueillir sur la dépouille de leurs camarades, ils repartiront en train le soir pour Concarneau. Sur l'île de raguénez, il restera les deux Norvégiens , Girard, Turbé, Gouillet,Tonnel.

Le 30 janvier 1917

Mr Le maire de Névez organise les funérailles des victimes . Il faut creuser onze tombes dans le petit cimetière pour accueillir provisoirement les victimes.

La commune est pauvre, elle doit aider les victimes de la guerre, c'est donc Mme Prémel directrice de l'école des filles qui organise une quête pour l'acquisition de deux couronnes de fleurs.

Le canot Paul Tourreil est toujours échoué à Porz-Braz, L'administrateur Laplanche a donné l'ordre aux marins de Raguénez (Ollivier, Lollichon,Daoudal,Guillou, Robigou,Richard et Sellin) de ramener le Paul Tourreil à Concarneau où il sera mouillé dans l'arrière-port.

Tous les Névéziens ont eu connaissance de ce drame. Que faire pour aider les les familles endeuillées ?

Les dépouilles des marins Norvégiens, Suédois, Hollandais,Français reposent au cimetière de Névez.

Mercredi 31 janvier 1917

Une foule nombreuse de Névez, Pont-Aven, Concarneau, Mr L'administrateur des affaires maritimes, Mr Bonduelle, Consul de Norvège, assiste à la cérémonie et conduit au cimetière les corps où ils seront inhumés.

Après les obsèques, l'administrateur ramène à Concarneau, les survivants capables de se déplacer. Ils seront soignés à la villa Les Haudriettes appartenant à Mr Toiray ; cette maison était réquisitionnée comme maison de convalescence par l'Etat car la ville n'a plus d'hôpital.

Le 11 février 1917

Extrait du cahier des délibérations du conseil municipal

Le conseil municipal de Névez se réunit en session ordinaire en présence de Mr Drouglazet faisant fonction de maire Marrec adjoint, Sellin Jean-Marie, Le Gall, Lollichon, Costiou , Sellin François.

« Il expose au conseil que les frais d'inhumation des marins du bateau de sauvetage de l'île d'Yeu recueillis sur le littoral de Névez s'élèvent à 270 f (566 €) que la commune vu la mort tragique de ces braves marins a le devoir de supporter cette somme. Après avoir délibéré, le conseil accepte de prendre en charge cette dépense..

Le 13 février 1917

Les deux Norvégiens hospitalisés aux Haudriettes à Concarneau quittent la ville pour se rendre à Quimper en train. Ils rejoignent l'équipage du vapeur Norvégien « DERNES » qui a été torpillé par les Allemands. Accompagnés du Consul de Norvège Bonduelle, ils prennent le train pour Le Havre afin d'être rapatriés en Norvège. Névez, n'aura plus jamais de nouvelles des survivants. En 1990, la famille Berg-Larsen se rendra à Névez.

Le 30 avril 1917

Les familles de l'île d'Yeu ont obtenu l'autorisation de transférer les corps de leurs marins sur l'île dès le 28 mars 1917 par Mr le préfet du Finistère.

Le 27 avril grâce au dévouement de Mr Le Préfet,de Mr l'Administrateur de l'inscription maritime de Concarneau M.Laplanche et à celui de Mr le Maire de Névez, l'exhumation et le transfert peuvent avoir lieu.

Les corps arrivent sur l'île d'Yeu le 30 avril au soir et sont portés dans les familles qui les gardent jusqu'au 2 mai.

Les obsèques officielles ont lieu le 2 mai .

Seuls,Les naufragés Norvégiens, Suédois et Hollandais sont à ce jour au cimetière de Névez.